Test longue durée : Orange 324 – Prise en main

La saison de descente approchait à grand pas, il était temps pour moi de trouver une nouvelle monture.

Après plusieurs années sur un excellent Rocky Mountain Flatline World Cup, j’avais encore l’envie de rouler sur un vélo qu’on ne voit pas sur tous les bikeparks, fait main (ce qui constitue un vrai plus sur la finition et la longévité) et qui propose des solutions techniques simples. Quand tu es moniteur, si tu es en panne ou en entretien toutes les deux sorties c’est pas l’idéal! Exit donc les cadres avec une multitude de biellettes, les parallélogrammes déformables (bien moins rigides selon moi qu’un triangle arrière rigide) et si possible pas de passage de câbles en interne (et oui va changer un frein ou dérailleur pendant la pause sur le bord des pistes avec ou sans gaines internes et tu me diras quelle solution tu retiens!) et le moins de carbone possible.

Vu le cahier des charges je me suis assez rapidement dirigé vers la marque Anglaise Orange Mtb. Quelques coups de fils plus tard, Laurent, le responsable de la marque en France a fini par me convaincre.

Statique :

A peine le carton ouvert on est sous le charme avec un Orange. On aime ou on aime pas leur design mais force est de constater que leurs vélos en imposent. La couleur claque, la finition est impeccable et, ce qu’on ne voit pas forcément sur internet c’est qu’on est bien en présence d’un vélo moderne. Architecture simple, certes, mais diablement étudiée! Les renforts sont ultra travaillés, cintrés sur plusieurs axes pour gagner en rigidité, perforés en interne pour gagner du poids. Il n’y a quasiment pas un bout de tube normal qui traîne… D’ailleurs il n’y a quasiment pas de tube! C’est là un des secrets d’Orange. Leur cadre n’est pas un assemblage de tube mais ils sont fabriqués à partir de plaques d’aluminium de première qualité, cintrées et assemblées entre elles. On est donc en présence de coques un peu comme l’ont déjà fait les marques Foes en VTT ou PowerLite en BMX avec la création de modèles phares.

Grâce au configurateur et la production en petite série, un Orange est aussi quasiment un vélo unique. Comme en automobile, il existe plusieurs modèles de base pour lesquels vous pouvez choisir une multitude d’option avec votre revendeur alsacien. C’est quand même top quand tu achètes un vélos haut de gamme de ne pas avoir à changer les freins ou les pédales dès que tu le sors du carton. La configuration se fait aussi au niveau de la couleur de la peinture, des stickers et des composants et comme tu reçois le vélo avec le pivot de fourche non coupé tu peux régler ton poste de pilotage à souhait. C’est tout bête mais bien pratique car une Fox Factory avec un pivot coupé trop court c’est une Fox Factory qui ne servira pas beaucoup!

En statique, le 324 est magnifique et dans cette couleur bleu mint avec les pièces Hope en Orange il attire l’oeil. La position à l’arrêt est vraiment agréable, le Renthal Fat Bar et la géométrie moderne n’y sont pas pour rien. On règle les suspensions et c’est partie pour la prise en main.

Test Terrain : 

Pas de bikepark ouvert en début de saison, les premiers tests se feront sur une piste tracée entre deux sentiers dans les Vosges. Le tracé est très condensé voire serré et relativement lent.

Première constatation : le vélo ne demande qu’à prendre de la vitesse. Soit je suis à la peine car je n’ai pas roulé en descente de tout l’hiver soit le vélo est rapide mais je trouve que je passe beaucoup de temps sur les freins. En tout cas, le grip est bon et le freinage efficace. Les Hopes Tech sont une valeur sure. A noter que le disc arrière en 185mm fait le job mais demande parfois à forcer un peu plus sur le levier. Un disc en 203mm n’est donc pas négligeable. Très bon point pour les réglages des leviers : éloignement par rapport au cintre et point de contact des plaquettes, vraiment efficaces comparés aux réglages de certains concurrents (Avid par exemple!).


En saut, le châssis respire la sérénité!


Difficile de se faire un vrai avis sur cette « petite » piste mais l’adhérence semble être bonne et sur une partie pierrier la sensibilité de l’amortisseur sur les petits chocs semble au rendez vous. Ce qui saute aux yeux par contre c’est la légèreté du vélo. Le 324 alu est aussi léger que bon nombre de ses concurrents en carbone! Légèreté qu’on ressent sur les relances où le vélo se montre très efficace et en saut où le châssis respire la sérénité! Sur les petits sauts de travers et avec des appels bien abîmés par l’hiver, recouverts de feuilles et branches en tout genre ça file droit et c’est agile : chapeau! Il reste maintenant à trouver une piste plus développée pour confirmer tout ça.

Si tu souhaites voir ce qu’un vélo a dans le ventre, rien de mieux que la piste de Todnau en Allemagne un lendemain d’orages! Des pierriers, des sauts, des racines, des dalles, le tout bien arrosé… on va voir ce qu’on va voir! Je n’ai pas été déçu.

Un peu endormi un lundi matin, seul sur le bikepark j’attaque un virage sur une piste bleu. D’un coup je me retrouve en travers de la piste avec le vélo à l’opposé du virage! En voulant élargir l’entrée de ce droite, je suis monté sur une dalle rocheuse. Pas bien attentif ni engagé, j’ai ripé sur le bord de la roche qui m’a retourné comme une crêpe. Me voila prévenu le 324 n’est pas un vélo pour « aller chercher le pain »!

Bien réveillé cette fois après la cabriole, je me reprend en main et là encore qu’est ce que ça file, c’est impressionnant! Y compris dans les séries de grosse racines, même à plat, si tu joues un peu avec les jambes le vélo prend de la vitesse. La sensibilité de l’amortisseur est excellente et rien n’est à redire pour d’éventuels sauts de chaine. C’est même surprenant mais le vélo ne fait pas un bruit. Pas de bruit de chaine, ni de suspensions, ni les cables qui vibrent dans le cadre. Ca respire la santé et la rigidité. La roue arrière ne bouge pas, le train avant est encore plus remarquable, c’est précis et ça ne se déforme pas d’un millième. Un atout pour viser précisément entre deux racines. Cette rigidité pourra devenir un défaut pour des pilotes débutants ou en manque de physique car le vélo en devient exigeant. Le 324 est conçu pour les pilotes aguerris!


Un vrai BMX avec 200mm de débattement!


Au fil des descentes, je commence à prendre la bête en main. La géométrie, plébiscitée par de nombreux magasines en Angleterre, aux US et en Allemagne est top. Le reach assez long invite à l’attaque et permet au vélo d’être stable en l’air comme sur terre. L’angle de chasse assez fermé incite encore d’avantage à lâcher les freins et les bases bien courtes permettent à tout moment de jouer avec le terrain en plaçant facilement un cabrage, un manual ou un bunny up. Un vrai BMX avec 200mm de débattement!

Un débattement qu’on utilise en totalité à force d’attaquer. La fourche Fox Factory Kashima a été une vrai révélation. Quelques clics de réglages et c’était parti. Quand on descend du vélo on se rend compte qu’on a utilisé les 200mm jusqu’au bout alors qu’à aucun moment on a eu le sentiment de talonner. Cette fourche n’est d’ailleurs pas étrangère à la rigidité du train avant. Un montage du 324 avec une Boxxer permettra surement de le rendre une peu plus accessible aux débutants. L’amortisseur Rock Shox Vivid R2C fonctionne bien également. Comme l’amortisseur est en prise directe sur le bras oscillant, il colle la roue arrière sur le sol avec plus de force que si une biellette se situait entre les deux. Il en résulte un excellent grip de la roue arrière sans pour autant un rebond important. Comme pour la fourche on utilise tout le débattement sans s’en rendre compte. Sur quelques grosses récéptions, la roue arrière est même venue frotter légèrement sur l’arrière de la selle. Quelques coups de clés allen et un peu d’air en plus ont permis d’éradiquer le problème sans perdre pour autant en sensibilité sur les petits chocs.

Conclusion : 

En résumé, le 324 est un vélo agréable à l’oeil comme sur le terrain doté d’un fort caractère. D’une conception apparemment simple, il cache en réalité une multitude d’évolution qu’Orange a développé et mûrit au fil des saisons en coupe du monde de descente. Un véritable avion de chasse pour les pilotes aguerris à ne pas mettre entre toutes les mains dans cette configuration. Je n’ai pour l’instant ressenti aucun des effets décriés par les détracteurs du mono pivot (saut de chaine, perte de sensibilité de l’amortisseur sur les petits chocs durant les freinages notamment).

Ce 324 va m’accompagner sur tous les stages de l’AFA cette saison. Je posterai donc régulièrement des infos à son sujet notamment sur sa tenue dans le temps. Si vous souhaitez l’essayer ou si vous avez déjà craqué et que vous souhaitez monter votre propre 324, n’hésitez pas à me contacter au 06 32 41 04 96 ou alsacefreerideacademy@gmail.com